Down to the Waterline

Sous-imposition urbaine, Villa Montmorency (Paris 16)

Projet de Cinquième année, ENSA Paris-Malaquais, 2011, Ens. G Delalex, G Stanishev

« Le temps s’écoulait à son allure habituelle, léthargique, presque confuse. Ils habitaient une maison délabrée dans une des banlieues amorphes, une zone d’interminables après-midi. (…) le soir, il jouait avec la bande du quartier dans la gare abandonnée, poussant un wagon le long des voies envahies par l’herbe. (…) le monde adulte manquait de synchronisme et d’ambition. »

J.G. BALLARD, Chronopolis [1]

P9_chronopolis« Le studio propose d’explorer l’influence et les potentiels de la science-fiction dans les domaines de l’architecture et de l’urbain. Il part de l’hypothèse que la science-fiction peut être une entrée efficace et stimulante pour développer des visions alternatives de la ville, en nous permettant d’imaginer des changements sociaux et des sociétés parallèles, en nous aidant à développer un regard critique sur les productions contemporaines, et en nous permettant d’assumer un certain élan utopiste qui a émaillé, de manière intermittente, l’histoire de l’architecture. 
Pour mettre à profit les dimensions narratives et prospectives de la science-fiction, le studio propose d’envisager l’évolution de figures clefs de la ville contemporaine. Quel pourrait-être, par exemple, le futur des « gated communities », le futur des banlieues sans fin, des centres-villes gentrifiés (…) ? »

Gilles Delalex

Chronopolis, donc. Dans cette ville, du temps partout, du mouvement nulle-part. Dualité intéressante car à contre-courant de la définition même de l’espace-temps, où l’un reste toujours indissociable de l’autre. À Chronopolis la technique a pris le pas sur tout le reste, et la Modernité, régie par la montre (A moins que ça ne soit la montre qui ait permis de construire la Modernité…) a finalement réussi à figer l’existence.

« (…) After all, capitalism needed a comprehensive system of global correlation, where time could be transformed into standardized units of value, units of value into goods, and goods back into time.
(…) Time, forced now to express the false unity and rationality of all being, ceased to be real. »

Sanford KWINTER, Architectures of time [2]

Faisons donc la part belle à une infrastructure omniprésente, surabondance technique que l’on ne maîtrise plus. Comment transposer ? WHAT IF ce qui est habituellement dissimulé dans l’épaisseur et les redents de la structure –les gaines techniques, les fluides, les circulations verticales, devenait au contraire générateur de toute l’architectonique du projet ?

Première hypothèse, spontanée, où la rigueur extérieure est mise en tension avec un intérieur sculpté par un réseau de gaines innombrables :

P9_gaines

Définir des règles. Penser une habitation individuelle où chaque gaine (carré) devient  le centre, l’origine d’un carré plus grand (Outil « Mise à l’échelle » ou _scale sur Autocad). Dit autrement, un intérieur vient créer un autre intérieur. Circulations humaines et circulations des fluides sont sur le même plan.

P9_raumplan

P9_wordcloudLes choses se corsent lorsqu’il s’agit de se confronter au réel. Avec son champ lexical journalistique oscillant entre 1984 [3] et The Truman Show [4], la Villa Montmorency, dans le 16e arrondissement de Paris, incarne le terrain de jeu idéal ; gated community pour quelques puissants triés sur le volet, avec tout l’imaginaire, toute l’étrangeté que peut alimenter un lieu de pouvoir barricadé et surprotégé, au beau milieu de la capitale.

Assumer cette scission et fabriquer en parallèle un second réseau souterrain, alimenté de l’extérieur par un collecteur de fluides comme d’humains, émergeant en surface dans les interstices de la Villa. De là une architecture verticale. Les éléments invisibles deviennent prétexte à de l’architecture, les plans étant littéralement construits autour de ces faisceaux de gaines et cages d’ascenseur.

Plan du sous-sol avec le collecteur central, qui irrigue et relie l’architecture interstitielle du projet :

P9_SOUS-SOL

Extraits de plans d’étages :

P9_plans

Coupe axonométrique sur réseau technique :

P9_axo

Plan de masses :

P9_masses

Modélisation de principe :

P9_birdeye

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[1] BALLARD, J.G., Chronopolis (1960) in J.G. Ballard, Nouvelles Complètes 1956 / 1962, Tristram, 2008, p262

[2] KWINTER, Sanford, in Architectures of Time, Toward a Theory of the Event in Modernist Culture, The MIT Press, Cambridge, 2002, p22

[3] ORWELL, George, 1984, 1949

[4] WEIR, Peter, The Truman Show, Paramount Pictures, 1998

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